Dimanche 11 novembre
7
11
/11
/Nov
15:18
Voyageur
– Les sorties véritables furent
rares pour moi depuis le début de l’année : une journée au bord de la mer en l’agréable compagnie d’une nièce – nous avons bénéficié d’un temps exceptionnel, jour béni au milieu d’une
période pluvieuse, à la fin du mois d’août ; puis une visite au château de Troissereux à l’occasion des journées du patrimoine, avec un couple d’amis. C’est tout, oui ! Le résumé de mes
voyages tient en ces quelques lignes. Je ne m’en plains pas ; compte tenu de mon état de santé et de la désagréable compagnie d’un fauteuil électrique, je n’ai pas tellement envie de
m’exiler momentanément hors de mes murs, dans des lieux hostiles où le danger opère. Toutes les formes, les jeux, les couleurs, les parfums, les fééries,…, sont en mon esprit. Il me suffit de
secouer ma mémoire assoupie pour que les images en jaillissent, saisissantes de vérité. Même si elles ne sont pas aussi précises et grandioses que dans la réalité, elles sont tout aussi animées
et riches que si elles apparaissaient devant mes yeux au détour d’une route, d’un chemin forestier ou d’un sentier de haute falaise. Quand il ne nous est plus loisible d’être un voyageur
véritable ou occasionnel, il est nécessaire de se construire ses propres paysages somptueux et ses monuments prestigieux. On devient un artisan du bâtiment, un architecte et un paysagiste. On est
un créateur.
Jeudi 23 août
4
23
/08
/Août
17:13
du 21
août – Trapéziste – Ce matin à
l’aube, une petite araignée descendait le long de l’angle d’un confiturier… rempli de livres, et, excellente trapéziste, elle tricotait sa toile à mi-hauteur entre le sommet et la base du meuble,
en même temps qu’elle semblait jouir de sa lente descente, sans doute également rafraîchissante, en cette période de chaleur accablante. J’en avertis mon auxiliaire, laquelle convoqua les juges
de son tribunal encéphalique et, en moins de temps qu’il en faut pour l’écrire, le jugement fut prononcé, elle abattit l’aranéide d’un coup de tapette à mouches. Il est curieux de constater que
la belle à quatre paires de pattes mourut sous le léger marteau-pilon qui sert à tuer les diptères dont elle se nourrit. Après cette disparition, je m’interrogeai quelques minutes, en prenant mon
petit-déjeuner silencieusement, sur l’arsenal impressionnant que les humains réunissent pour détruire les plus faibles, notamment les bêtes minuscules dont les défenses sont souvent conçues pour
protéger leur territoire et ainsi pouvoir s’alimenter à peu près convenablement. Nous leur donnons peu de chance de survie ; leur droit à la vie est infime, face à nous. La lutte pour la
suprématie de la force et de l’intelligence est terrifiante.
Mardi 14 août
2
14
/08
/Août
17:22
Poème –
Déliquescence
L’étoile de mon cœur scintille dans l’abcès
Que fait mon corps au monde avec ses formes grasses.
Mes gauches ailerons ont des allures lasses
Et la marche avec moi n’obtient aucun succès.
Rêvant d’être debout sans l’ombre d’un excès
Il me faut déchanter tant les muscles s’encrassent,
Malaxant leurs douleurs folles qui les enlacent.
Dans ce concert de maux, l’amour est un décès.
Comment aimer la vie avec l’écorce molle,
Les membres inconscients, au sol le pied qui colle ?
Les épaves du rêve édictent leurs décrets.
L’espoir perd son abri, l’allégresse est vaincue.
Le faible rendement des mouvements discrets
Ne permet plus aux gueux d’entreprendre la rue.
Commencé il y a
plusieurs années, puis abandonné dans les pages d’un carnet, ce sonnet reprend seulement maintenant son audace de vivre.
Mercredi 1 août
3
01
/08
/Août
16:07
Support –
La fille est devant son écran d’ordinateur ; elle pianote négligemment de la main droite, coude gauche sur la table, menton posé sur la paume de la main. Elle est blanche comme une statue de
sel. « Ôte-moi ce cric qui supporte ta tête, dit la mère, ta jeunesse vieillit trop vite ! »
Je ne poste pas souvent d'article(s) ; je fais ce que je peux. Amicalement. Étienne.
Mercredi 1 août
3
01
/08
/Août
16:04
Conflit – Ce ménage rencontre des problèmes de couple ; les partenaires ne s’en cachent pas. La mère, à qui se confie la fille, lui répond :
« Bof ! ne t’inquiète pas, c’est la vie, tous les couples connaissent un jour ou l’autre ce genre de conflit ; pense qu’il y a une panne d’électricité, que tout est totalement
noir, et que la lumière reviendra bientôt, inévitablement ».
Lundi 11 juin
1
11
/06
/Juin
15:08
La même auxiliaire, rentrant de Paris où elle était allée participer à une « présentation » de fiancés, comme cela se pratique dans sa
famille, explique à un voisin qui la taquinait sur son retour tardif : « Je suis allée à un rendez-vous qui autorise le renouvellement des partenaires ; c’est pour rafraîchir
l’amour ! ».
Bonne semaine, amis lecteurs !
Lundi 11 juin
1
11
/06
/Juin
15:04
Une auxiliaire de vie, enthousiaste et enjouée, ayant entendu un individu prononcer
quelques jurons, me confie en éclatant de rire : « Il ne faut surtout pas dire de gros mots, ça déshabille ! ».
Samedi 9 juin
6
09
/06
/Juin
14:41
La possibilité du bonheur est un leurre. Celui que l’on entrevoit, que l’on sent parfois poindre dans le ciel d’une satisfaction momentanée est aussitôt détruit par un précipice d’incertitude, de
questionnement ; par une idée ou une réalité de violence, de viol, de marécage, de trouble, de massacre, de disparition… Impossible de faire abstraction de cela. Le phénomène qui a pour nom
bonheur cède souvent la place à l’effroi.
Il y a longtemps que je n'ai rien posté ici ; le temps manque. Amitiés. Étienne.
Samedi 5 mai
6
05
/05
/Mai
14:30
Bizarre ! – Il est tout de même étrange que le chef de l’État, aussi hystérique et démagogue soit-il, tienne des propos qui frisent la paranoïa, dans
la mesure où il se plaint d’être persécuté en même temps qu’il exprime son délire de grandeurs. Au meeting de Toulon, avec des gestes et des mimiques quasi incontrôlés, il accusa par ailleurs la
gauche « d’abîmer la République » (de quelle manière ?), il agita la menace absurde « d’expériences folles » (lesquelles ?) qu’elle tenterait de
mettre en place, ou encore l’accusa de ne plus « aimer » (pour quelles raisons ?) la République. Nous sommes-là en présence d’une folie langagière totalement stupide,
destinée à répandre la terreur, à susciter l’effroi afin de gagner quelques dizaines d’électeurs inintelligents. Quelle que soit l’opinion de tel ou tel Français, d’un côté ou de l’autre de ce
que l’on nomme l’échiquier politique, comment se pourrait-il que l’un ou l’autre abîmât la République, qu’il n’aimât pas son pays, sa région, sa république, et qu’il fît tout pour semer le
désordre par le biais d’expériences folles ? C’est tout bonnement extravagant ! Heureusement que, forts de nos expériences raisonnables, nous considérons ce spectacle bizarre et
affligeant comme du théâtre de boulevard, comme une comédie légère et divertissante. Oublions les propos racoleurs du quidam, destinés à capter l’électorat de l’extrême droite ! La
politique, c’est tout de même plus sérieux que cela, non ?
Bonne fin de semaine, amis !
Étienne.
Vendredi 4 mai
5
04
/05
/Mai
15:59
Vrai
ou faux – M’étant
penché sur le vrai travail, une expression qui fait fureur chez les droitiers qui n’aiment pas les pauvres et les syndicalistes, je suis entré en contact avec le BIT – Bureau international du
travail – afin de leur demander s’il existe un vrai et un faux travail, comme un vrai tableau et une pâle copie. Il m’a été répondu que personne n’en savait rien ; que le faux travail n’est
même pas une copie du vrai puisque, par essence, il n’existe pas ; que le faux travail, dans l’hypothèse de son existence invisible, n’est pas inscrit dans les registres d’état civil. Le
faux, c’est ce « qui est contraire à la vérité, imaginaire, inventé, feint, mensonger, qui n’est pas réellement ce qu’il devrait être… », autant d’éléments de définition
relevés dans Le Grand Robert. Donc, le faux travail ne peut exister d’aucune manière, puisqu’il est ce qui vient d’être signifié ; ou plutôt qu’il n’est pas ce que d’aucuns voudraient qu’il
soit. Comment, en effet, annoncer chaque matin : « Je me rends à mon faux travail ! » C’est ridicule, absurde ; par conséquent le chef de l’État qui a cru intelligent de faire
la distinction entre le vrai travail et le faux, a tenu des propos absolument grotesques et stupides. Sans doute l’ignore-t-il, son langage étant truffé de fautes de français qui écorchent les
oreilles. Ce faux travail inventé de toutes pièces, donc, meurt avant de vivre. Peut-être allez-vous penser que ce que je fais-là, tentant de vous éclairer sur la non-existence du faux travail,
est justement ce faux travail. Et bien, non ! Cet exercice d’écriture me demande de la réflexion, de l’effort, du travail et les caractères qui composent ce texte ne pourront jamais être
considérés comme faux, la fausse écriture, ou non-écriture, étant vide, nulle et non avenue.
Bonne fin
de semaine, amis lecteurs. Étienne.
Commentaires Récents