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  • : Mon but est de donner à lire des poèmes personnels, ou d'autres auteurs parfois ; des nouvelles, des notes sur le vocabulaire, la poésie, etc. Il s'agit d'un blog littéraire, en réalité.
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22 juin 2009 1 22 /06 /juin /2009 14:57

Micro-nouvelle – Les faux ennemis – Un peu de chaleur nous arrivait enfin, ce dimanche d’avant l’été. Alexandre méditait au lit, encore à demi ensommeillé, en attendant Claudie, qui s’occupait de lui de temps en temps. C’était une belle jeune femme, bien faite, séduisante, sensuelle. Seuls ses pantalons mouraient d’envie de changer de métier. Elle était en retard et il avait fallu qu’il lui téléphonât pour secouer son sommeil de plomb, après sa soirée de travail tardif dans une unité de restauration rapide. Comme à l’ordinaire, à son arrivée ils se mirent à parler de choses et d’autres, à se demander de leurs nouvelles, souvent en riant, car Alexandre aimait particulièrement la rigolade, les jeux de mots… ça le changeait de la routine quotidienne. Claudie évoqua les difficultés qu’elle rencontrait avec celui qui partageait sa vie ; la tension était parfois vive entre eux, disait-elle. Ils abordèrent aussi les occupations qui meubleraient leur journée : l’essai d’une voiture pour elle, la profession de foi d’une petite-nièce, pour lui. Elle lui demanda quelques explications à ce sujet, lui redisant la détestation incurable qu’elle avait envers le frère d’Alexandre et son épouse, grands-parents de la communiante. Alexandre ne s’emportait pas, ne protestait pas, quand Claudie lui parlait ainsi sans ambages de sa proche famille à lui, car il avait analysé depuis longtemps la mécanique ondulatoire de l’encéphale, et il savait très bien qu’on ne pouvait pas en extirper la haine qui y avait élu domicile au cours des événements. Parfois, cela se transmettait de génération en génération, sans qu’à la fin on comprît vraiment ce qui avait amené-là les ennemis – ou supposés tels. Il savait aussi que ce genre de haine était l’aboutissement d’un long cheminement de la pensée, et qu’elle ne venait pas subitement, en claquant des doigts ; c’était un processus savamment orchestré par les petites rancœurs, les vexations, les refoulements, les humiliations subies. C’était une sorte de progression arithmétique lente qui prenait petit à petit possession de l’esprit et se manifestait dans les deux clans dès qu’ils entraient en contact visuel l’un avec l’autre.

   Le travail de Claudie tirait à sa fin, elle allait bientôt fumer une cigarette en compagnie d’Alexandre – un moment béni ! – et prendre congé, quand le frère et la belle-sœur de celui-ci arrivèrent impromptu, en route qu’ils étaient pour l’église où se déroulerait la cérémonie religieuse de la communiante. Premier étonnement d’Alexandre : dès que Claudie eût achevé ce qui l’occupait, elle s’approcha des arrivants et embrassa presque chaleureusement les « ennemis » sur lesquels elle débagoulait quelques instants auparavant, eux-mêmes se considérant aussi comme ennemis de la première. Deuxième  étonnement d’Alexandre : pendant qu’elle terminait sa tâche, Claudie se mit à expliquer avec force détails, ce qu’elle allait faire aujourd’hui –  essayer une voiture –, puis précisa ses projets d’avenir avec son « ami de vie», lequel passerait sans doute son permis bientôt, indiqua son salaire, parla de l’emprunt qu’elle devait contracter pour l’achat d’une nouvelle voiture, bref ! elle leur déballa tout, alors qu’à peine une heure avant, elle les stigmatisait. Troisième étonnement : le frère et la belle-sœur ne restèrent-là qu’un quart d’heure environ, et à l’annonce de leur départ, Claudie se leva, les embrassa à nouveau très vivement… Pour Alexandre, rien, pas un baiser, seulement une simple et molle poignée de mains ! Il en resta pantois, en fut dépité.

   Dans certaines circonstances, les ennemis le sont-ils vraiment ? Ne sont-ils pas de faux ennemis ? En public, ils se jaugent, s’écharpent, se narguent, se targuent d’être supérieur à l’autre, s’opposent violemment sur des sujets parfois bénins. Bref ! ce sont des ennemis de façade, pour la frime. Dans le privé, ils s’embrassent, se congratulent, se font des confidences, semblant se réjouir de cette situation, de cette dualité dans la façon de se conduire. Sans doute pensent-ils : « On s’est bien foutu de vous autres, les nuls ! ». Mais tout le monde ou presque ignore ce comportement pour le moins bizarre ; les accolades s’exécutent en dehors du circuit, à l’insu d’autrui.. Ah ! l’incorrigible nature humaine. 

       bonne semaine à tous.

Étienne

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