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  • : le blog aquapomu
  • : Mon but est de donner à lire des poèmes personnels, ou d'autres auteurs parfois ; des nouvelles, des notes sur le vocabulaire, la poésie, etc. Il s'agit d'un blog littéraire, en réalité.
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22 mars 2012 4 22 /03 /mars /2012 14:57

La Terre et le Feu (1) – J’avais l’intention de m’enfuir de cette maison ; non pas que je m’y trouvasse mal à l’aise, mais j’avais l’impression que le modernisme outrancier qui s’y était introduit au fil des ans m’ôtait toute liberté ; payer le loyer, les notes et les factures, surveiller la multitude de matériels qui siégeaient en maîtres absolus de mon esprit, les réparer, les remplacer, en recharger batteries ou piles, acheter la dernière trouvaille, demeurer des heures devant la télévision, etc., sont des espèces de charges quotidiennes qui n’aident en rien la tranquillité. Elles représentent une menace pour l’esprit. Je me résolus donc à partir alors que la nuit dormait encore en broutant calmement les étoiles dans son sommeil. Sans faire de bruit, je pris l’allée du jardin ; dès mes premiers pas, je devinai enfin l’œil de la liberté observer ma déambulation. Je sentis la terre dense, grasse, humide chuinter sous mes semelles et s’y coller. C’était encore une terre d’hiver, froide et glabre, une terre triste et pleureuse, mais je l’entendais respirer, fredonner ses espérances à chaque enjambée que je faisais ; elle approuvait ma présence, se parait des meilleurs sillons, attendant de recevoir les semences qui la pénètreraient, l’engrosseraient, sensations qu’elle n’avait pas connues depuis longtemps. La terre m’aimait et je l’aimais ; nous reprenions vie tous les deux et cette glaise exsudait des brouillards de ma mémoire. Son visage originel me transportait d’enthousiasme. Bien que la nuit fût encore prégnante, je discernai les courbes mélodieuses des collines terraquées remplies de promesses de vie. Les métronomes de mes pieds, lourds de boue gluante, se levaient et gagnaient du terrain sur la civilisation prisonnière de ses excès. La plaine immense du Plateau picard m’appartenait et je savais que sa riche et opulente terre me nourrirait. Parfois, j’employais toute ma ruse pour ne pas heurter un arbre-soldat qui s’enveloppait d’un voile de brume protecteur ; cette sentinelle, profondément enracinée dans la terre, gardait jalousement son terroir et jouissait d’une vue imprenable sur les événements qui s’y déroulaient. Ah ! ma terre, que de labeurs tu fais faire en ton nom.

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