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18 novembre 2009 3 18 /11 /novembre /2009 15:56

   Voyage – La douceur de ce début d’août incitait Julien à sortir. Pour une fois qu’il rêvait de s’exiler à l’extérieur de son satané bureau qui le retenait collé à ses papiers comme par une glu ! Il calcula bien son coup pour mettre tous les atouts de son côté. Il voulait jouir, ce jour-là, ce jour qu’il avait coché sur son agenda, d’une liberté maximale. Son choix se porta sur Beauvais, ville pas trop éloignée de chez lui et bien pourvue en commerces de toute nature et en rues piétonnes. Son souhait d’acheter un appareil photo numérique et une nouvelle radio le taraudait depuis quelques semaines.

   Le bulletin météorologique du samedi avait annoncé un éclatant soleil pour le mardi suivant, jour « sélectionné » depuis longtemps ; les voisins à bâbord et tribord étaient absents pour cause de congés et il n’avait pas à craindre de leur part un quelconque et infondé mécontentement de ne pas avoir été appelés pour satisfaire aux besoins du voyage ; la jeune femme qu’il avait élue pour le conduire à destination prenait ses vacances et était donc libre comme l’air – presque ! Rien ne s’opposait à ce que la journée qu’il savourait déjà fût une grande réussite. Sa petite enquête avait été menée en fin limier et les conditions étaient réunies pour que sa victoire personnelle sur l’adversité fût totale.

    Lundi matin, après les tâches quotidiennes, il attaqua donc tambour-battant, et le cœur léger. « Allô, Sabrina, c’est Julien ! – Oui, je vous ai reconnu. – Écoutez, je sais que vous êtes en congés ; j’ai quelques achats à faire à Beauvais et j’ai pensé à vous pour m’y conduire, car Papa ne peut plus sillonner la ville en voiture, c’est trop dangereux. – Ouais, bon ! c’est tout à fait possible, je vois ça et je vous rappelle. – Entendu, merci. Au revoir, Sabrina ! – À bientôt, Julien ! »

   Julien jubilait déjà : enfin, il allait s’éclater un peu. Zut, alors ! pourquoi n’en profiterait-il pas un peu, lui aussi. Sa frénésie était à son comble. Toute la journée, il attendit l’appel de Sabrina. Mais rien ne vint, et demain, c’était mardi, jour choisi. Il n’y avait donc plus de temps à perdre, mais que faire ? La rappeler pourrait être interprété comme une sorte de petit harcèlement ; il y renonça. Il murmura qu’après tout, appeler mardi matin suffirait à concrétiser le projet pour l’après-midi. Il n’y avait pas grand chose à préparer, somme toute.

   L’heure du coucher arriva, l’auxiliaire de vie aussi. Elle était mère de Sabrina, et Julien espérait une réponse par ce biais. Oh ! elle ne tarda pas à venir, la réponse : « Ma fille m’a dit qu’elle ne pourrait pas vous conduire à Beauvais demain, car elle et son père repeignent les murs extérieurs de la maison. – Bon, ça ne fait rien, merci quand même. » C’est la réponse laconique que fit Julien à son auxiliaire, en apprenant cette mauvaise nouvelle. Dans son cœur, Beauvais devint soudainement une ville détruite. Au fil de la brève histoire, le fil de l’espérance s’était rompu.     

Étienne P.

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