Notes – De petits bouts de papier sur lesquels figurent des fragments de phrases que je n’ai pas encore eu le temps de compléter vont aujourd’hui me servir de matière à blogue. Une idée jaillit parfois lorsque l’on est occupé, et on la note distraitement, dans l’espoir qu’elle serve rapidement. Puis, on l’oublie, et quand vient le temps d’un nettoyage, on retrouve ces idées mort-nées auxquelles on tient à redonner une certaine forme d’existence. Ainsi avais-je écrit cette phrase qui n’a pas besoin d’autre explication qu’elle-même : l’humanité se perdra si elle continue de se ronger les mains. Cette image d’une humanité – énorme personnage – qui se mutile jusqu’à sa propre extinction me revient souvent. Je fais d’ailleurs le rapprochement avec cette autre note : mes muscles disparaissent dans la splendeur noire du gouffre qui les phagocyte ; à la différence près que la mutilation du corps, dans ce cas précis, est indépendante de la volonté. Et cette autre, qui peut aussi rivaliser avec les deux premières à cause de sa nature similaire : le destin, c’est une boîte à chaussures qu’on ouvre ; la paire de grolles qu’on en sort, selon sa qualité, sa couleur, sa forme, déterminera le mode d’existence de son propriétaire, ainsi que les heurts et malheurs qu’il subira.
Voici maintenant le petit poème de ce jour, amis lecteurs.
DÉSAMOUR
Il n’aimait pas les caniveaux,
non pas parce qu’en général
on y jetait des détritus,
ou que les chiens s’y soulageaient,
ou qu’on y déversait parfois
les pots de chambre,
mais surtout pour cette raison
qu’avec ses sauts trop maladroits
il s’y abîmait le portrait
en sombrant corps et âme,
jurons au bord des lèvres.
Bref ! malgré le respect
qu’il leur devait,
il détestait les caniveaux.
[ Une force de loi – 12.2002 ]
Bonne journée à tous. Étienne.